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    Politique migratoire au Chili: le gouvernement d’extrême droite fait marche arrière

    06/17/2026
    L’exécutif avait présenté, il y a quelques semaines, une mesure pour obliger les hôpitaux et les écoles à fournir des informations au sujet de migrants sans papiers, comme leur numéro de téléphone ou leur adresse, aux autorités migratoires qui les solliciteraient dans le cadre de procédures d’expulsion. Mais face à l’indignation suscitée par cette annonce, y compris au sein du bloc présidentiel, la mesure a été modifiée. Il n’en reste pas moins que le mal est fait et que les migrants en situation irrégulière vivent aujourd’hui dans la crainte et évitent le plus possible les lieux publics.
    Reportage de notre correspondante à Santiago,
    À l’Institut catholique chilien de la migration, une cinquantaine de migrants viennent presque tous les jours chercher de l’aide pour régulariser leur statut migratoire. À l’extérieur, des personnes attendent leur tour sous un grand chapiteau bleu. Parmi elles, Alejandra. Elle était mineure quand elle est arrivée avec ses parents au Chili depuis le Pérou. Elle a maintenant 21 ans et étudie la gastronomie gratuitement, mais elle craint que le gouvernement lui retire la gratuité et l’expulse car elle n’a pas obtenu sa carte de résidente depuis qu’elle est majeure : « Je sais ce qu’a dit le président avant d’être élu, qu’il va renvoyer chez eux tous les migrants illégaux et ceux qui n’ont pas leurs papiers. »
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    « J’ai perdu tout espoir »
    Alors beaucoup évitent de s’exposer, comme Silvina, une Équatorienne de 37 ans. Elle est arrivée au Chili en 2022 avec sa fille : « Avant, on allait au parc tranquillement, désormais on évite. » Puisqu’elle est mineure, sa fille est protégée par la loi et scolarisée, mais Silvina, elle, est en situation irrégulière : « S’ils m'expulsent, qu’est-ce qui se passera alors pour ma fille ? On n’a personne ici. »
    Un peu plus loin dans la file, Flor raconte qu’elle a quitté le Venezuela avec sa mère et sa fille. Elles ont passé la frontière chilienne clandestinement il y a un an. Depuis, Flor redoutait l’arrivée du président José Antonio Kast au pouvoir : « J’ai été très choquée quand il a été élu. J’ai beaucoup pleuré, j’ai perdu tout espoir. » Elle aussi désormais ne sort presque plus de chez elle par peur de croiser la police : « Je fais mes courses rapidement au marché et je rentre vite chez moi. C’est terrible de vivre ainsi, je ne le souhaite à personne. » Flor envisage même de quitter le Chili : « Pourquoi lutter pour rester dans un pays qui ne veut pas de toi ? »
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    Une stratégie de dissuasion
    Sous le chapiteau, Luiz Do Arte organise la file d’attente. Il est le directeur exécutif de l’Institut catholique chilien de la migration et constate de plus en plus de méfiance chez les migrants : « Ils nous demandent subtilement si on travaille avec les autorités migratoires ou avec la police d’investigation. On leur dit que "non", ici, c’est l’église qui conseille les gens. » Pour lui, la politique migratoire du gouvernement a un objectif clair : « Générer la panique, la peur, c’est une tactique pour que les migrants quittent d’eux-mêmes le pays. »
    Des migrants qui ont aussi de plus en plus de difficultés à trouver du travail suite aux nouveaux contrôles mis en place par le gouvernement et visant à pénaliser les entreprises qui auraient recours à de la main-d’œuvre étrangère sans papiers.
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    Allemagne: à Erfurt, la mobilisation s’organise contre le congrès de l’AfD

    06/16/2026
    À Erfurt, dans le Land allemand de Thuringe, se tiendra le 4 juillet prochain le congrès national du parti d'extrême droite AfD. Sur place, les militants anti-extrême droite se mobilisent. Ils se sont donné comme objectif de taper à la porte de 60 000 maisons, pour appeler à une grande manifestation le 4 juillet et surtout pour mobiliser la majorité, souvent silencieuse, qui n'ose pas parler face à la montée de l'AfD. 
    ► Un reportage à retrouver en intégralité dans Accents d'Europe.
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    Pologne: couples gays, franchir la frontière pour se marier

    06/15/2026
    Alors que la Pologne reste l’un des pays les plus restrictifs d’Europe en termes de droits LGBT, le gouvernement de Donald Tusk a légalisé fin mai la reconnaissance administrative des mariages homosexuels conclus à l'étranger. Une décision qui fait suite à la condamnation de la Cour de justice de l’Union européenne, selon laquelle Varsovie portait atteinte à la liberté de circulation de ces couples dans l’UE en leur retirant des droits acquis dans un autre pays. De quoi encourager de nombreux couples homosexuels polonais à organiser leur mariage à l’étranger ces derniers mois, alors que l’union des couples de même sexe reste interdite en Pologne.
    Reportage de notre correspondant à Varsovie
    Quelques heures de train seulement pour quitter le pays, et pour se dire oui pour la vie. Avec son compagnon Tobiasz, Zachariasz embarque à bord d’un train régional, direction Görlitz de l’autre côté de la frontière avec l’Allemagne. En couple depuis cinq ans, ils n’avaient jamais osé rêver de mariage : « Concrètement, si Tobiasz ou moi devions être hospitalisés, l’autre ne pourrait obtenir aucune information sur notre état de santé, car aux yeux de l’État polonais, on est qui l’un pour l’autre ? De simples étrangers. C’est pour ça que c’est important de se marier dès que possible. »
    Arrivés sur place, ils retrouvent leurs témoins qui ont eux-mêmes fait l’aller-retour depuis la Pologne sur la journée. Roksana, la meilleure amie de Zachariasz, espère que les couples gays comme le leur auront un jour la possibilité de se marier dans leur propre pays : « La distance, ça rajoute un obstacle. Pour nous, ça va encore, ça n'était pas trop loin, mais ce serait mieux si ça pouvait avoir lieu en Pologne, moi je suis pour ! »
    Au total, la cérémonie aura duré moins d’une heure. Pour eux, ces alliances sont synonymes de sécurité et signent le début d’une nouvelle vie, inimaginable pour Tobiasz il y a encore un an : « Il m’a dit oui, cette fois de façon officielle. Ça veut dire qu’aujourd’hui, il n’est plus seulement mon copain, mais mon mari. »
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    Une demande en forte hausse
    Et si ce rêve a pu devenir réalité, c’est en partie grâce à Katarzyna Kuca. Assise au coin bureau de son appartement à Wroclaw, l'entrepreneuse aide depuis trois ans les couples comme Tobiasz et Zachariasz à aller se marier à l’étranger. Elle s’occupe de la partie administrative, mais assure aussi la logistique sur place.
    Comptez trois à six mois seulement de délai entre la première demande et le jour du mariage. Cérémonies avec ou sans invités, suivies ou non d’une fête, ses équipes déployées aux quatre coins de l’Europe s’adaptent aux demandes des couples : « On organise des mariages en Autriche, au Danemark, en Allemagne, au Portugal et à Madère. Bien sûr, il y a d’autres pays qui autorisent le mariage pour tous, mais ces cinq pays ne requièrent pas de documents qu’il ne soit pas possible d'obtenir en Pologne. Chaque année, on avait environ 20 à 25 couples qui faisaient appel à nous, et maintenant on reçoit près de 50 demandes par mois, et ce chiffre ne fait qu’augmenter. Et ce que vous voyez sur les tableaux, ce ne sont rien que les couples qui prévoient de se marier au Danemark. »
    Depuis le verdict de la Cour de justice de l’Union européenne en novembre, elle a dû recruter cinq nouvelles personnes pour gonfler les rangs de ses équipes.
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    Élections législatives de l’automne en Russie: l’opposition tente de trouver sa place

    06/14/2026
    La date n’est pas fixée officiellement, mais les élections à la Douma devraient se dérouler les 18 et 20 septembre prochain. Ce seront les premières sur fond de conflit depuis plus de 4 ans, avec des pourparlers diplomatiques au point mort. Leur issue ne fait pas de doute, le parti au pouvoir encore une fois raflera l’immense majorité des sièges. Les partis d’opposition, sous pression, se préparent tout de même. Reportage dans les locaux du parti « Iabloko » à Saint-Pétersbourg, le seul parti à demander un cessez-le-feu immédiat en Ukraine.
    Dans une pièce, quelques affiches, du papier, des stylos sur des tables… les dernières traces de la réunion précédente : une soirée d’écriture de lettres aux prisonniers politiques en Russie. Quelques pas plus loin, dans un bureau, un calendrier avec la photo d’un visage mince aux yeux sombres et au regard aigu. C’est celui de Boris Vichnievsky. Cet ancien responsable très connu du parti « Iabloko » a été désigné « agent de l’étranger » en mars 2024. Comme une blessure qui ne cicatrise pas, comme aussi la marque d’une volonté intacte de combattre, quelques mots sont écrits sous le cliché : « Je reviendrai ».
    « C’est ce qu’il nous a dit quand il a fait son discours de départ », explique la coordinatrice des élections pour le parti dans la région (ndlr : pour des raisons de sécurité, les noms des interviewés ne sont pas communiqués). « Malheureusement, maintenant il vit à l’étranger. On espère que c’est temporaire, qu’il reviendra vraiment ».
    Depuis le départ de cette figure locale, et singulièrement depuis le début de la préparation des élections, le climat s’est encore durci. Assise dans son bureau, la coordinatrice des élections fait l’état des lieux : « Pour l'instant, je ne ressens aucune pression directe, dit-elle d’un ton égal. Mais je ressens une pression psychologique, car presque chaque jour au sein du parti, des choses désagréables se produisent. Mes camarades reçoivent des statuts juridiques qui les empêchent de se présenter à des élections et qui menacent même leur possibilité de résider en Russie. Par exemple, il y a quelques jours, un membre de notre parti à Iekaterinbourg, une ville avec une population de plus d'un million d'habitants, et où « Iabloko » obtient en général de bons résultats aux élections, a été fiché comme « extrémiste et terroriste ». Il a quitté le territoire. Dans d’autres endroits, il y a eu des pressions au travail ».
    Dans une interview le 10 juin dernier à Novaya Gazeta Europe (média exilé et classé « indésirable » par les autorités russes), le patron du parti, Nikolaï Rybakov, a eu cette formule : « Nous avons une grande expérience de la survie en milieu toxique. » À la question du journal : « Quelles sont les perspectives électorales d’un parti sans ressources administratives ni alliance avec le gouvernement russe en 2026 ? », Nikolaï Rybakov a répondu : « On pourrait poser la même question à propos de la vie en Russie dans son ensemble : quelles sont les perspectives d'avenir pour nous tous qui ne sommes pas au pouvoir ? Nous n'avons pas d'autre choix. Mais nous pouvons changer les circonstances dans lesquelles nous vivons. » 
    Pour la coordinatrice du parti à Saint-Pétersbourg, « Dans notre société, personne n'est à l'abri de rien, de la pression, de la possibilité de perdre sa liberté ou de subir des restrictions de quelque nature que ce soit. »
    « Les gens aspirent à vivre librement et sans peur »
    Pourtant, le responsable local du parti l’affirme : de nouveaux membres affluent tous les mois : des étudiants, des employés, des médecins, des hommes d’affaires, tous à la recherche d’un débouché civique et politique à leur mécontentement voire leur colère, adhérant au slogan du parti : « Pour la paix et la liberté, pour une vie digne et sans peur ».
    « Bien sûr, la question-clé est celle de l'attitude envers l'opération militaire spéciale et la méthode de résolution du conflit, explique-t-il, mais il s’agit aussi des choix économiques et sociaux que font nos dirigeants. Il y a du mécontentement et il est répandu, les sondages le disent. »
    La coordinatrice se fait un peu plus directe : « Il faut mettre fin aux massacres de vies, et c'est notre position principale. Cette position suscite désormais un écho important. Le nombre de personnes qui la soutiennent augmente, car des actions dangereuses menacent non seulement les zones frontalières, mais aussi Saint-Pétersbourg et Moscou. Les technologies militaires actuelles font que personne n'est en sécurité. » La coordinatrice s’exprimait dans la foulée du Forum économique de Saint-Pétersbourg, marqué par des attaques spectaculaires de drones de l’Ukraine lors des journées d’ouverture et de clôture. « Les gens aspirent à vivre librement et sans peur, à exprimer leurs opinions sans crainte également. C'est fondamental. »
    Ces deux cadres régionaux listent aussi, parmi ce qui attire de nouveaux militants, les restrictions d’internet, la dégradation du pouvoir d’achat, les inégalités qui s’accentuent, le manque d’investissement dans les transports, les inquiétudes sur l’avenir… Plus que des politiques à améliorer : un contrat social mis à l'épreuve depuis plus de 4 ans de guerre.
    « Iabloko » a pu jusqu’ici participer à toutes les élections, sauf le scrutin présidentiel. Pour ces législatives, réponse début juillet prochain.
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    «Nous n’avons rien emporté avec nous»: en Ukraine, les évacués de Kharkiv témoignent

    06/13/2026
    En Ukraine, face aux bombardements qui affectent les zones grises le long de la ligne de front, les autorités ont ordonné de nouvelles évacuations de civils dans les régions de Donetsk et de Kharkiv. Dans cette dernière, frontalière avec la Russie, sept villages du secteur de Borodukhiv, au nord-ouest de la ville, sont concernés, et plus de 7 000 personnes, dont plus de 1 300 enfants, ont reçu l'ordre de partir.
    De notre envoyée spéciale à Kharkiv,
    Depuis quelques jours, ce centre de transit pour personnes déplacées à Kharkiv, dans l'est de l'Ukraine, est en pleine effervescence : quotidiennement, entre 100 et 150 personnes évacuées y arrivent, dans le dénuement le plus complet. Yevheniia Kozun, du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, précise : « Récemment, nous avons constaté une augmentation constante du nombre de personnes évacuées. Nos partenaires continuent de leur fournir toute l’assistance nécessaire, y compris un soutien psychologique, des articles de première nécessité, l’inscription aux aides financières, ainsi qu’une aide pour la reconstitution de leurs documents. »
    Cette assistance est primordiale en raison de la vulnérabilité des évacués. Liudmila Oleksandrivna, une soixantaine d’années, vient de Prudyanka, à seulement cinq kilomètres de la frontière russe. Avec son mari paraplégique, elle fait partie des quelque 300 personnes à mobilité réduite concernées par l’ordre d’évacuation. « Il y a eu des frappes sur notre maison. Nous étions sur le point de partir, suite à un accord avec les volontaires », raconte-t-elle.
    Depuis leur arrivée il y a quelques jours, Liudmila et son mari attendent de recevoir une place dans un centre d’hébergement spécialisé. Eux qui n’avaient jamais quitté leur village n’ont, pour le moment, aucune perspective d’avenir. « Il est peu probable qu’on puisse y retourner. Il ne reste plus que deux personnes là-bas. Bon, peut-être qu’elles sont déjà parties, je n’en sais rien. C’est ça notre vie maintenant. Je ne sais pas comment nous allons vivre, nous n’avons rien emporté avec nous », confie-t-elle.
    Katia, 34 ans, et son petit garçon Sasha, six ans, sont également arrivés dans ce centre il y a quelques jours. Ils viennent de Zolochiv, au nord-ouest de Kharkiv. « Nous sommes partis dimanche dernier, car il était devenu impossible de vivre là-bas. Je suis une maman avec un enfant et des drones survolent la zone, détruisent toutes les maisons, les zones de jeux, les voitures. Les enfants sont soit confinés à la maison, soit dans les abris », explique-t-elle. Employée dans un magasin de bricolage, Katia, dont les parents ont refusé de quitter la maison familiale, a longtemps hésité avant de partir.
    « Même si vous avez une voiture et que vous voulez partir, c’est impossible d’atteindre Kharkiv et d’évacuer par la route : ils (les Russes) tirent sur des voitures civiles », ajoute-t-elle. Malgré cette menace, Katia a tenté sa chance : elle a roulé à toute vitesse vers Kharkiv. Comme des milliers d’autres familles ukrainiennes déracinées, elle et Sasha doivent repartir de zéro, sans travail, sans école, sans logement et sans leur famille restée à la merci des bombes.
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