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Reportage international

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  • Reportage international

    Dans la «kill zone», l’évacuation impossible des blessés ukrainiens

    07/13/2026
    Une vingtaine de soldats ukrainiens participent au traditionnel défilé militaire du 14-Juillet, sous le regard de Volodymyr Zelensky, invité par le président français. Depuis plus de quatre ans, l’armée ukrainienne résiste aux assauts russes sur quelque 1 200 kilomètres de front. À l’heure des drones et des frappes à longue portée, on oublie parfois les hommes qui tiennent les positions, au cœur d’une « kill zone » désormais saturée de drones FPV. Notre correspondant Lucas Lazo a accompagné, il y a quelques jours, une unité ukrainienne lors d’une évacuation de blessés au cœur de cette zone grise, sur le front de Zaporijjia, dans le sud du pays.
    De notre correspondant de retour de Zaporijia,
    Les sirènes de Zaporijia résonnent dans la plaine, l’armée russe bombarde la ville. Dissimulés sous une canopée, les hommes du 225ᵉ régiment d’assaut chargent leurs armes, inspectent une dernière fois leur matériel. Les traits tirés par la concentration, Tatar dirige les opérations, l’œil brillant, un tatouage de son unité palpite sur son cou : « On charge le véhicule, et on part vers le point de transbordement où l’on dépose notre infanterie. À partir de là, les fantassins progressent par petits groupes jusqu’aux positions ennemies. Nous évacuons un blessé et acheminons de nouveaux soldats. Nous ne pourrons pas aller plus loin, il y a déjà trop de drones FPV et des drones à fibre optique. »
    Les deux soldats qui vont relever les blessés savent ce qui les attend : plusieurs kilomètres à pied, à découvert, sous le feu ennemi, jusqu’à une tranchée où ils resteront plusieurs semaines. Superstitieux, le commandant noue à leurs poignets un bracelet orné de l’archange saint Michel : il se veut rassurant : « C’est notre guerre électronique à nous, pour les protéger des drones. » Mais les mains des deux soldats tremblent sur leurs kalachnikovs. Ils soufflent, le regard vide, le visage déformé par l’effroi.
    « Davaï, davaï ! »
    Il faut partir. On saute dans un pick-up, pied au plancher. Pas question de traîner dans la « kill zone » : villages détruits, carcasses de voitures, station-service calcinée. Pas une âme qui vive. Les voitures s’arrêtent brutalement… « FPV » Nous courrons nous mettre à l’abri dans une masure abandonnée. Les lignes russes ne sont plus qu’à quelques kilomètres.
    Tatar nous prévient : des Jdouns, ces drones à fibre optique embusqués au bord de la route, ont été repérés. L’un d’eux a explosé cinq minutes avant notre passage. Notre pick-up s’arrête là. Les deux fantassins repartent sur un quad. Commence alors une interminable attente, dans le silence, ponctuée par les tirs d’artillerie.
    Trois jours pour ramener les blessés
    Un tir ami croit savoir Tatar. À l’abri dans notre cabane, les yeux ne quittent pas l’écran du Tchouïka qui capte la fréquence des drones ennemis et nous annonce leur présence. Ils sont plusieurs à tournoyer dans les airs à la recherche de leur cible. Viking enchaîne les cigarettes, le regard inquiet rivé vers le ciel : « Encore un peu de patience. Les gars vont arriver avec les blessés et vous verrez dans quel état ils sont. Le plus difficile, c’est d’atteindre le point où les blessés sont ensuite pris en charge par le véhicule d’évacuation. Parce que jusque-là, il faut marcher. Et quand on est blessé, avec une jambe cassée, un bras cassé ou d’autres blessures, c’est extrêmement compliqué. »
    Le quad surgit enfin. En quelques secondes, le blessé est hissé à l’arrière du pick-up. Son œil gauche a disparu, à la place, une cavité noire et suintante. Ses jambes ne le portent plus. Son camarade, Vova, 55 ans, l’a traîné sur plusieurs kilomètres. Exténué, en état de choc, il raconte : « On avançait à quatre pattes, grâce aux antidouleurs. Je tirais le matériel. Mon camarade, lui aussi il rampait, mais le troisième était grièvement blessé, avec les intestins perforés. C’est lui que je tractais sur une couverture. Pendant deux jours j’ai tiré le corps d’un mort. Au total, il nous a fallu trois jours pour rejoindre nos lignes. »
    Trois jours pour sortir de l’enfer de la ligne zéro saturée par les drones, où ces hommes tiennent le front sud de l’Ukraine.
  • Reportage international

    En Hongrie, la sécheresse cause une baisse record du niveau des lacs

    07/12/2026
    Autour des lacs de Hongrie, c'est un spectacle de désolation qui attend les touristes. Leur niveau est au plus bas. Pourtant, les lacs sont une destination très populaire dans ce pays qui n’a pas d’accès à la mer. 
    Un reportage de notre correspondante à Budapest,
    Le lac Velence, le troisième plus grand du pays, est particulièrement touché par la baisse du niveau des eaux. Près de Budapest, à 40 km, il est aussi appelé le lac du Petit Balaton. Il y a encore quelques années, les Hongrois venaient s’y baigner. Mais avec des étés de plus en plus chauds, de moins en moins de pluie, et une sécheresse particulièrement sévère cette année, le lac disparaît petit à petit. Si les effets sont déjà nettement visibles sur l'économie et la biodiversité, des solutions existent.
    À écouter dans C'est pas du ventAgir pour l'eau
  • Reportage international

    Syrie: à Deir ez-Zor, des inondations liées à la politique de l'eau en Turquie

    07/11/2026
    En Syrie, après des années de sécheresse, c’est cette fois l’excès d’eau qui frappe les agriculteurs. Dans le nord-est du pays, les pluies diluviennes tombées en Turquie ont conduit à l’ouverture des vannes de plusieurs barrages sur l’Euphrate. En quelques heures, le fleuve est sorti de son lit, inondant des centaines d’hectares de cultures et des dizaines de maisons près de Deir ez-Zor. Un épisode qui rappelle aussi la dépendance de la Syrie à son voisin turc, qui contrôle depuis des décennies l’essentiel du débit de l’Euphrate. 
    De notre envoyée spéciale à Deir ez-Zor,
    Sous les pieds d’Houssam, il ne reste que de la terre. Une terre sèche, craquelée. Difficile d’imaginer qu’il y a quelques temps, ces champs étaient complètement inondés. « Toute la récolte est partie avec l’eau, se désole Houssam. Tout ce qui devait nourrir nos enfants cette année a été emporté par l’Euphrate. C’est de plus en plus dur. Le gasoil est trop cher. Comment va-t-on se relever de ça ? Quand ce n’est pas l’inondation, c’est la sécheresse. »
    En quelques heures, près de 500 hectares de terres agricoles ont été engloutis. Les eaux ont détruit plusieurs stations de pompage et emporté les ponts flottants qui reliaient, sur l’Euphrate, les deux rivages. Désormais, pour traverser, pas d’autre choix que de prendre un bac. «​​​​​​ Je fais l’aller-retour tous les jours pour aller travailler. C’est un vrai coût, dénonce un habitant. Chaque traversée nous coûte deux dollars. »
    L’Euphrate n’a pas seulement avalé les récoltes. Il est aussi entré dans les maisons. « Toute la boue est entrée dans la maison, témoigne Ahmad. Le carrelage est détruit. » Ahmad et Rania venaient tout juste de rentrer après des années d’exil. Leur maison, construite près du fleuve, avait été occupée pendant des années par la 4ᵉ division du clan Assad. L’ensemble avait été pillé. Ils venaient de tout réparer… « On a peur que ça recommence », confie Rania. Le couple pourrait partir, mais pour aller où ?, interrogent-ils. Et pour Rania, une seule responsable, la Turquie.
    À lire aussiSyrie: le président complète la formation du premier Parlement post-Assad
    ​​​​​​​« La Turquie a toujours utilisé l’eau pour régler ses problèmes politiques »
    À Deir ez-Zor, le niveau de l’Euphrate ne dépend plus seulement de la pluie. Le fleuve prend sa source en Turquie. Et c'est là-bas, en amont, que les barrages construits par Ankara contrôlent l’essentiel de son débit. Hassan cultive ces terres depuis trois générations. «​​​​​​​ Le fait que la Turquie retienne de l’eau a des répercussions jusque sur nos puits. Quand le niveau du fleuve baisse, celui des eaux souterraines baisse également, souligne-t-il. Et nos puits, peu profonds, d’environ dix mètres, se retrouvent à sec. »
    Lancé à la fin des années 1970, le vaste programme hydraulique turc compte aujourd’hui sur le Tigre et l'Euphrate quelque 18 barrages. Leur gestion alimente depuis plus de 30 ans les tensions avec la Syrie et l’Irak. « La Turquie a toujours utilisé l’eau pour régler ses problèmes politiques avec ses voisins. C’est arrivé, par exemple, lorsque la Turquie a eu des différends avec l’Irak, car l’Euphrate traverse aussi l’Irak, poursuit Hassan. Ils font pression en réduisant le débit, jusqu’à ce que l’eau qui arrive soit très faible. »
    Le long de l’Euphrate, les paysans répètent tous la même chose : l’eau ne suit plus les saisons, mais les décisions. Après quatorze années de guerre, il va falloir réussir à relancer l’agriculture, avec un fleuve dont ils ne maîtrisent pas le cours.
    À écouter dans Le débat du jourLa Syrie devient-elle un partenaire fiable?
  • Reportage international

    «Ce succès mondial du matcha nous enchante»: au Japon, les producteurs peinent à suivre la demande

    07/10/2026
    Au Japon, le matcha est victime de son succès. Et ce thé vert en poudre séduit aujourd'hui le monde entier. Apprécié pour son goût, mais aussi pour ses vertus, notamment sa richesse en polyphénols, de puissants antioxydants, il connaît un succès sans précédent. Sur tous les continents, la demande explose. Une popularité qui commence pourtant à avoir des conséquences inattendues dans l'archipel, où producteurs comme consommateurs font face à des difficultés.
    De notre correspondant à Tokyo,
    Hanako, 24 ans, vient de faire une heure de queue pour bénéficier d’une dégustation gratuite de thé matcha : « Le matcha latté, il n'y a rien de mieux. L’amertume du matcha qui se marie à la douceur du lait, c'est le bonheur. Je suis complètement accro. »
    Cette exploitante d’une maison de thé constate chaque jour l’incroyable popularité du matcha : « On n’avait jamais vu cela. Des touristes du monde entier se pressent ici. Tous les jours, on a des clients américains, français, allemands, singapouriens, coréens ou taïwanais. Cela me fait plaisir qu’ils apprécient autant notre thé. »
    L'an dernier, le Japon a exporté près de 13 000 tonnes de thé vert, soit trois fois plus qu'il y a cinq ans. Mais la demande mondiale est telle que les producteurs peinent à faire face. Car, dans l'archipel, l'agriculture est en crise. Elle n'emploie plus qu'un million de personnes – contre deux millions il y a vingt-cinq ans – et ces professionnels vieillissent : leur moyenne d'âge est désormais de 69 ans.
    C'est pareil pour la théiculture. Il y a quinze ans, le pays comptait 46 000 plantations de thé, mais on n'en dénombre plus que 20 000 aujourd'hui. L'an dernier, le Japon n'a donc récolté que 74 000 tonnes de feuilles de thé, soit 10% de moins qu'en 2015.
    Ce petit producteur envisage l'avenir avec une certaine inquiétude : « Ce succès mondial du matcha nous enchante, bien sûr, d'autant qu'il ne semble pas éphémère mais être une tendance lourde. Après, nos agriculteurs sont si peu nombreux et si âgés que cela devient vraiment compliqué à gérer. Notre profession ne s'en sortira qu'en innovant. Par exemple, il faudrait développer des variétés de thé vert qui peuvent être récoltées sur une plus longue période, ce qui permettrait des rythmes de travail soutenables. »
    Une production en baisse et des prix en hausse
    Le matcha est issu d'une variété particulière de thé vert, le tencha, qui, en raison de son succès, se vend six fois plus cher que les autres types de thé. Dès lors, attirés par la perspective de revenus plus élevés, de nombreux agriculteurs, qui avaient toujours cultivé des variétés comme le sencha, se sont reconvertis dans le tencha. Et la production de sencha s'est effondrée. Ce dont témoigne ce négociant : « Les producteurs de sencha ou de variétés qu'on utilise pour les thés vendus en bouteille n'étant plus assez nombreux, ils n'arrivent pas à honorer la demande. Donc, ces thés coûtent de plus en plus cher. »
    En effet, depuis l'automne dernier, le prix des thés verts en bouteille a augmenté de 20%. « Ce sont les consommateurs japonais qui font les frais de l'engouement mondial pour le matcha », dénoncent en boucle les réseaux sociaux. Alors qu'un autre effet pervers de cette mode prend de l'ampleur : la contrefaçon.
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    Irlande: les maisons de jardin, une réponse à la pénurie de logements?

    07/10/2026
    L'Irlande s’enfonce dans une crise immobilière sans précédent. D'ici à 2050, le pays devrait avoir besoin de deux millions de nouveaux logements, selon les projections du gouvernement. Or, une grande partie devront être construits là où les besoins sont les plus criants : dans les agglomérations. À Dublin, une solution jusque-là marginale pourrait prendre de l’ampleur : les « maisonnettes » de jardin, ces petites dépendances sont désormais envisagées comme une réponse à la pénurie. 
    De notre correspondante à Dublin,
    Steven et Mark, trentenaires, vivent dans une petite maison blanche, à l’ouest de Dublin. La particularité ? Les beaux-parents de Steven peuvent frapper à leur porte en quelques secondes, littéralement : « Quand les gens apprennent que nous vivons dans le jardin des parents de Mark, ils imaginent une cabane ! Mais quand ils rentrent ici, ils réalisent qu’il s’agit d’une véritable maison, construite en blocs de béton : quand on rentre, on a un espace de vie ; sur la gauche, une salle de bains entièrement carrelée ; et puis notre chambre… Tout l’espace dont nous avons besoin, et ça nous convient parfaitement ! »
    Les « granny flats », traduisez « l’appartement de mamie », des annexes pensées à l’origine pour les aînés, mais dont profite aujourd’hui plutôt la jeune génération, selon Mark : « Notre maison est attenante à celle de mes parents, ce qui nous a permis de construire jusqu’à 40 m², sans avoir à demander de permis de construire. On en a simplement parlé aux voisins et, une fois leur accord obtenu, nous avons lancé le projet. »
    Une aide de l'État
    En Irlande, près de neuf habitants sur dix vivent dans une maison, selon l’Office central des statistiques. Ces maisonnettes de jardin pourraient ainsi représenter jusqu’à 350 000 logements supplémentaires, estime Seán O’Neill McPartlin, du think tank Progress Ireland : « À travers le pays, les jardins sont pleins de hangars, de bureaux, ou même de salles de sport à domicile : les voisins sont donc habitués à ce que ces petites structures apparaissent à côté de chez eux. Nous, on dit qu'en plus de ces structures, ou à leur place, les gens pourraient construire des petites maisons, à condition de respecter certaines règles. »
    Alors pour encourager leur développement, l’État a mis en place une exonération fiscale pour les propriétaires, si les revenus locatifs ne dépassent pas 14 000 euros par an.
    Constantina vient d’emménager dans l’une de ces maisonnettes, pour laquelle elle paie 1 150 euros de loyer par mois. Elle nous donne rendez-vous dans les bureaux d’une multinationale de la tech à Dublin, où elle travaille comme responsable clientèle. Consternée, elle fait défiler sur son téléphone les annonces postées sur Daft, principal site de location en Irlande : « Par exemple autour d’ici, tu vois qu’il y a des chantiers, des grues partout ! Mais alors, quand on regarde les annonces… un T1 à 2 750 euros ; ce studio : 2 350 euros ; un autre à 2 390 euros… Le reste de la vie ici n’est pas donné non plus : si tu veux sortir manger, ça te coûte facilement 30 à 40 euros. Donc si tu consacres autant d’argent au loyer, il ne te reste plus grand-chose pour vivre. Et dans ce cas, à quoi bon ! »
    Même les salariés de la tech, pourtant parmi les mieux rémunérés, ne sont donc pas épargnés.
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Chaque jour, l’illustration vivante et concrète d’un sujet d’actualité. Ambiance, documents, témoignages, récits en situation : les reporters de RFI présents sur le terrain décrivent le monde avec leur micro. 
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