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Ebola: «Aucun pays n'est à l'abri si on ne renforce pas la surveillance», affirme le Dr Jean Kaseya
10/22/2026Le Nigeria est sous le choc après l'annonce d'un premier cas Ebola en provenance d'Ouganda. Le docteur Jean Kaseya informe jeudi 22 octobre que cette patiente n'est jamais passée au préalable par la RDC, ce qui veut dire que, contrairement au discours officiel de Kampala, le virus circule en Ouganda. Cette patiente n'a été diagnostiquée Ebola que 16 jours après son arrivée au Nigeria, poursuit le médecin, ce qui signifie qu'il y a aujourd'hui beaucoup de cas contacts. Jean Kaseya est le directeur général d'Africa CDC, le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies, et répond à Christophe Boisbouvier.
RFI : Un premier cas Ebola au Nigeria, est-ce très inquiétant ?
Dr. Jean Kaseya : ça montre que l'épidémie est sérieuse. Nous nous attendons effectivement à de nombreux cas contacts. Je parle très régulièrement avec le ministre de la Santé du Nigeria, le professeur Muhammad Ali Pate, qui fait un excellent travail. Effectivement, cette patiente est rentrée à Abuja le 3 octobre. Elle a eu des symptômes à partir du 6. Elle a été dans un premier centre privé, dans un deuxième et puis après elle a été hospitalisée le 11 octobre pour qu'elle soit diagnostiquée le 19 octobre. Donc, effectivement, nous nous attendons à ce qu'il y ait beaucoup de cas contacts.
Avant d'arriver à Abuja, elle est passée par Entebbe en Ouganda en provenance de RDC, c'est ça ?
Non, elle n’est jamais allée en RDC. Elle est partie avec son mari deux semaines en voyage à Kampala et elle n'a jamais quitté Kampala. Et puis, elle a voyagé de Kampala à Abuja via Addis-Abeba. Et donc, quand elle est arrivée à Abuja, elle a dit qu'elle n'avait pas de symptômes. Et les symptômes ont commencé deux jours après. Je rappelle que la fenêtre pour avoir Ebola part de 0 à 21 jours. Donc vous pouvez être contaminé aujourd'hui, vous pouvez développer la maladie dans trois jours, dans six jours, jusque durant le 20ᵉ jour.
Cela signifie-t-il que, contrairement à ce que disent les autorités de l'Ouganda, il y a des cas d'Ebola dans leur pays ?
C'est une conversation que nous allons avoir avec les autorités ougandaises pour savoir où exactement la dame était, qui ont été les personnes qui ont été en contact avec la dame. J'appelle aussi à une grande réunion de tous les ministres africains le 28 octobre, pour que nous puissions discuter de ces activités transfrontalières et surtout savoir qu'aucun pays n'est à l'abri si on ne renforce pas la surveillance non seulement à la frontière, mais aussi dans les structures privées et publiques.
À ce jour, combien de cas Ebola sont enregistrés et combien de décès Ebola sont recensés ?
À ce jour, nous en sommes à plus ou moins 9 600 cas en prenant les neuf cas du Kenya. Et j'ai dit à peu près, puisque la situation évolue au quotidien et on a autour de 4 600 décès.
Est-ce que le pic est dépassé ou pas ?
Pour le moment. Premièrement, avec l'extension géographique, vous savez qu'en RDC on a maintenant huit provinces tuchées. Deuxièmement, avec l'extension géographique au niveau africain. Troisièmement, avec le nombre de nouveaux cas qui reste autour de 65 à 70 par jour et surtout avec cette circulation, et il y a beaucoup de cas venant de la communauté, nous disons que l'épidémie est encore sérieuse et elle n'est pas encore sous contrôle.
Le Kenya enregistre neuf cas dont un décès. Est-ce que la Coupe d'Afrique des nations de football, qui est prévue au mois de juin prochain dans ce pays et ses deux voisins, l'Ouganda et la Tanzanie, est compromise ?
Non, non, non. Je vais donner un message très clair. La Coupe d'Afrique n'est pas compromise jusque-là puisque le Kenya effectue un travail merveilleux. Vous allez voir que tous les neuf cas qu’on a répertoriés au Kenya viennent de la liste de cas contacts et l'Ouganda a une liste de contacts très élargie actuellement autour de 140 personnes dans la liste des contacts. Et l'Ouganda a fait un travail merveilleux.
Nous devons faire le ratissage. Vous savez, l'épidémie, elle est toujours sérieuse en RDC et vous avez vu le cas de la personne qui est passée par l'Ouganda pour aller au Kenya. Donc, je pense que, actuellement, dans ces deux pays, un travail important est en train de se faire.
Et donc, moi, je n'ai pas beaucoup d'inquiétudes par rapport à la Coupe d'Afrique. Je vais en parler avec Patrice Motsepe [le président de la Confédération africaine de football, NDLR]. Nous allons avoir une réunion pour discuter de tout cela, mais je pense que l'avis que je vais lui donner sur le plan scientifique, c'est que, jusque-là, il n'y a pas d'inquiétude par rapport à la Coupe d'Afrique.
Il y a une semaine, lors de votre dernier passage à Kinshasa, vous avez dit que sur les 962 millions de dollars mobilisés par la communauté internationale, quelque 700 millions de dollars restaient inconnus aux yeux des autorités de RDC et que c'était inacceptable. Pour certains, en disant qu'il y avait un flou dans la gestion de l'argent contre Ebola, vous avez sous-entendu que cet argent avait été détourné…
On ne peut pas sous-entendre ce que moi-même j'ai dit très clairement. J'ai dit qu'il y avait un flou dans le sens que le gouvernement n'avait pas connaissance de ces ressources. Je n'ai jamais dit que l'argent était détourné. Je n'ai jamais dit que l'argent a été mal utilisé. Donc, pour nous, tout ce que nous voulons, c'est que la souveraineté africaine que nous sommes en train de promouvoir tous les jours passe par le fait que le gouvernement doit connaître tout ce qui arrive sur son sol.
Donc, pas de suspicion ?
Pas de suspicion de notre part, c'est la recherche de l'information. Nous sommes en train de faire un partenariat basé sur le respect et la transparence. Les gouvernements africains veulent travailler avec tout le monde. Africa CDC travaille avec tout le monde, mais nous voulons des partenaires qui puissent venir et travailler en toute transparence avec nous.
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10/21/2026Il y a dix ans, le Cameroun était endeuillé par le plus grand accident ferroviaire de son histoire : 79 morts à Eseka, sur la ligne Yaoundé-Douala. Et des corps qui n'ont jamais été retrouvés. Une tragédie générée par des négligences criminelles. Où en est le procès des responsables ? Maître Michel Janvier Voukeng, l'un des avocats des victimes et de leurs familles, répond aux questions de RFI depuis Douala.
RFI : Est-ce qu'on sait aujourd'hui pourquoi cette catastrophe est arrivée ?
Maître Michel Janvier Voukeng : On le sait depuis la commission d'enquête qui avait été mise en place par le Premier ministre et qui avait conclu à la responsabilité, à titre principal, de Camrail. Il y a un certain nombre de défauts, tant techniques que managériaux, qui ont été reprochés à l'exploitant. Ces manquements-là sont relatifs à la surcharge et à la rallonge du train. Parce que, en temps normal, ce train-là prenait neuf voitures et, ce jour-là, la locomotive tractait 17 voitures avec des organes de freinage défaillants, des semelles de freins usées et la locomotive elle-même avait le frein rhéostatique hors service. Le chauffeur, le conducteur du train, a émis des réserves mais a été contraint de prendre le contrôle de la locomotive de Camrail.
Alors malgré tout ce que vous dites, c'est le conducteur du train qui a été condamné à la peine la plus lourde. Cinq ans de prison ferme [qu’il n’a pas effectués, car il est en fuite], qu'est-ce que vous en pensez ?
Je dis que ce n'est pas la bonne personne qui a été condamnée, c'est-à-dire qu'on est dans un système où les gens l'ont jeté en pâture, alors que le seul qui ait paru raisonnable, c'est plutôt ce conducteur-là, c'est le seul qui a paru raisonnable.
Alors l'autre personne condamnée à de la prison ferme, c'est le chef de la sécurité de la société Camrail à Yaoundé. Il a été condamné à trois ans de prison ferme [qu’il n’a pas effectués non plus, car il est aussi en fuite]. Que pensez-vous de cette peine ?
C'est toujours très gênant lorsqu'on voit les responsables intermédiaires boire la tasse en lieu et place des premiers dirigeants. Pour nous de la défense, ces individus-là, c'est du menu fretin offert pour calmer le dossier ou pour le clôturer. Le directeur de la sécurité dans leur organigramme, il n'a pas un droit de veto [sur le départ d’un train].
À l'issue de ce procès de septembre 2018, le directeur général de la société Camrail de l'époque, le Belge Didier Vandenbon, a été condamné à six mois avec sursis et, parmi les onze personnes reconnues coupables d'homicide involontaire et condamnées, c'est la personne qui avait à l'époque le grade le plus élevé. Est-ce que vous pensez que d'autres responsables, à un niveau encore plus élevé, auraient dû comparaître, eux aussi, devant la justice camerounaise ?
Quand l'accident survient et qu'on arrête les sous-fifres qui sont à côté, on ne parle pas des gens qui sont haut placés et qui ont regardé. Cela se fait pour nous. Cette décision de justice laisse de côté un certain nombre de responsables. C'est ce que je dis.
Est-ce que vous pensez, par exemple, au fils de Vincent Bolloré, Cyrille Bolloré, qui était à l'époque le président de Bolloré Transport & Logistics, dont la société Camrail était une filiale ?
Pas forcément lui, je dis sa responsabilité est en concours avec ceux qui l'ont admis comme concessionnaire du service public du chemin de fer au Cameroun et l'ont laissé faire sans le contrôler. Ce n'est pas Bolloré lui seul. Parce que si les autorités chargées des questions de transport avaient un tant soit peu été regardantes, on aurait pu prendre des mesures coercitives à l'avance sur l'état du réseau et l'état des wagons.
Est-ce que vous pensez à Edgar Alain Mébé Ngo'o, qui était à l'époque ministre des Transports et qui pourrait avoir été de ceux qui ont demandé à la société Camrail d'ajouter huit wagons lors de ce tragique voyage du 21 octobre 2016 ?
La concession du service public à un exploitant privé était l'œuvre dans ce cas-là du ministère des Transports, qui a laissé le chemin de fer au groupe Bolloré. Il y a un cahier des charges et ils n'ont pas veillé à ce que ce cahier des charges-là soit respecté. C'est pour cela que je ne suis pas de ceux qui pensent que la responsabilité de Bolloré est exclusive.
Vous, en tant qu'avocat des parties civiles, vous représentez plus de 300 victimes. Est-ce que celles-ci ont été indemnisées à la hauteur du préjudice qu'elles ont subi ?
Rarement les victimes ont été correctement indemnisées. Très très rarement. Dix ans après l'accident, il y a certaines victimes qui n'ont jamais rencontré un psychologue. Est-ce qu'on peut sortir indemne de ce genre d'accident et vivre une vie normale sans jamais avoir un jour consulté un psy ? La responsabilité de fournir ces soins-là était de Camrail, qui ne l'a jamais fait. Résultat des courses, dix ans après, on voit des gens qui sont réputés avoir été indemnisés mais qui traînent des séquelles, qui sont obligés de soigner ça avec leurs propres moyens. Et Camrail s'est toujours efforcé d'essayer d'obtenir des arrangements hors procédure, de façon à ce que la victime n'ait plus la capacité juridique de venir au procès, puisqu'elle aurait renoncé en amont.
Alors en première instance, la justice a été diligente puisque le procès a eu lieu moins de deux ans après la catastrophe. Mais depuis septembre 2018, il ne se passe plus rien et aucune date n'est encore fixée pour le procès en appel. Pensez-vous qu'en haut lieu on voudrait étouffer l'affaire ?
Je ne peux pas dire ainsi, parce que si le haut lieu, c'est le ministère des Transports, celui qui a été mêlé à cette catastrophe-là, il n'est plus ministre des Transports. Et entre-temps, Bolloré est parti et c'est le groupe AGL [filiale du groupe italo-suisse MSC] qui est à la manœuvre. Moi je pense plutôt que c'est une lenteur judiciaire, mais je ne peux pas vous dire qu'il y a un coup de frein au niveau politique dessus.Le recensement de la population va permettre à la RDC de «mieux planifier son développement local»
10/20/2026On sait déjà que la République démocratique du Congo est le pays le plus peuplé du monde francophone. Mais le nombre exact d'habitants sera connu en juillet prochain, quand sera terminé le recensement de la population, une première depuis plus de 30 ans. Le gouvernement vient d'en démarrer la phase préparatoire. À la manœuvre, Guylain Nyembo Mbwizya, ministre du Plan et de la Coordination de l'aide au développement. De passage à Paris, le chef du dénombrement des Congolais a répondu aux questions de RFI.
RFI : Concrètement, comment allez-vous réussir à compter un par un tous les habitants de la RDC ? Est-ce que vous allez vraiment demander à vos agents de se rendre dans tous les quartiers, tous les villages, maison par maison ?
Guylain Nyembo Mbwizya : C'est comme ça que ça sera fait. Donc le dénombrement exhaustif qui va avoir lieu au mois de juillet, donc individu après individu, mais ça se fera par ménage. Donc, nous allons vers les ménages et, à partir de là, nous recensons. Et il y aura un recenseur dans chaque aire de dénombrement. Donc, on parle de plus de 130 000 recenseurs qui seront déployés sur le territoire national.
Le dernier recensement, celui de 1984, du temps de Mobutu, estimait la population congolaise à près de 30 millions de personnes, aujourd'hui on en est où à votre avis ?
Bon, aujourd'hui, il y a des estimations qui sont données sur base de ce que publie l'UNFPA, donc l'Agence des Nations unies pour la population, autour de 112 millions d'habitants. Mais nous, nous attendons ce que nous allons réaliser pour avoir le chiffre exact, ce qui va justement permettre à la RDC de mieux planifier son développement local. Vous savez que nous avons la gratuité de l'enseignement, mais il faut que nous sachions combien d'élèves que nous avons en projection, combien d'enfants à telle catégorie d'âge. Cela nous permet de construire les écoles qu'il faut. Nous avons le programme de couverture santé universelle, c’est la même chose. Nous avons besoin de connaître exactement combien de personnes sont concernées. La question d'électricité, de l'eau… Donc, ça nous permet en réalité de mieux planifier et donc de travailler sur le mieux-être de la population.
Et ça coûte combien ?
Alors, le budget général de 192 millions. Vous devez savoir que la RDC a déjà mis à disposition du programme 30 millions de ce qui est connu. Mais après, nous avons l'accompagnement de la Banque mondiale et de la BAD de manière globale. Et puis il y a les Nations unies qui nous accompagnent aussi sur le plan technique, mais aussi un peu financièrement.
Actuellement, les rebelles du FRN de l'ancien président Joseph Kabila contrôlent une grande partie du Nord et du Sud Kivu. Comment va pouvoir se passer le recensement dans ces zones-là ?
Ben écoutez, ça sera à réaliser de la même manière que vous avez entendu se réaliser l'examen d'État sur tout le territoire national. C'est-à-dire que le recensement n'est pas une opération politique, pas du tout. C'est typiquement scientifique, ça sert même de donnée, même humanitaire, pour accompagnement des personnes, parce que ça permet d'identifier toutes les personnes déplacées sur le territoire national et tout ça. Donc, ça veut dire que toute personne qui aime la RDC est censée collaborer dans ce projet.
Ce qui veut dire que les agents recenseurs pourront également dénombrer les habitants de Goma et de Bukavu, par exemple ?
C’est bien ça.
Avec l'accord donc inévitablement des rebelles du FRN qui sont les maîtres du terrain dans ces zones-là ?
Ça, c'est vous qui le dites. Mais pour nous, ce sont des communautés locales avec des communautés locales que nous réalisons ce travail. Donc d'abord ce sont des jeunes qui sont recrutés, ce sont des chefs coutumiers, ce sont différentes personnes qui travaillent sur le territoire concerné, qui seront mobilisées dans ce travail-là. Et tout le monde a intérêt à ce que la RDC, toute la RDC, y compris ces zones-là, puissent être recensées pour avoir des données fiables dans le cadre de la gestion de l'État dans son ensemble.
Mais qui centralisera les informations obtenues par ces agents recruteurs en zone rebelle ?
C'est un travail digital qui se fait. Donc ils auront des tablettes sur terrain. Donc dès qu'ils ont l'information, tout de suite après, l'information est envoyée au niveau de Kinshasa pour la compilation.
Vous venez d'assister à Bruxelles à la dernière conférence de l'initiative ITIE sur la transparence des industries extractives. Votre pays est notamment le deuxième producteur mondial de cuivre. Or, les opérateurs chinois contrôlent, je crois, quelque 90 % de la production de ce métal stratégique. Est-ce que la RDC n'est pas trop dépendante de la Chine ?
Bon, la RDC a l'ambition de diversifier ses partenariats et donc ça veut dire aussi que la porte reste ouverte à tous les autres partenaires. Les Etats-Unis sont arrivés, nous attendons l'Europe. Donc voilà.
Parce que vous estimez que 90 % pour les opérateurs chinois dans le cuivre, c'est une position trop dominante pour la Chine dans votre pays ?
Nous voulons diversifier, il n'y a pas que dans le cuivre. Donc pour tout ce que nous avons de minerais stratégiques, nous voulons diversifier nos partenariats.
Vous pensez au cobalt, vous pensez au lithium ?
Vous voyez, les Américains sont là avec nous. Vous savez bien que, pour l'exploration du lithium dans la province du Tanganyika, les Américains sont là avec plusieurs sites d'exploration. C'est une société américaine qui est là-bas. Et sur le couloir de Lobito, le corridor, vous avez appris que c'est une société américaine qui est lancée, là, pour le chemin de fer. Donc nous sommes bien, comme on dit, « on track » pour évoluer et avancer.
Et les Européens dans tout ça ? Tout pour les Chinois et les Américains, rien pour les Européens ?
(Sourire) Pas du tout, les Européens, comme je dis, ils sont bienvenus. Je vois qu'il y a un grand intérêt sur Lobito aussi, parce que j'ai vu que l'Union européenne avait annoncé, je crois, 2 milliards d’euros à mettre sur le projet. Donc vous voyez que l'Europe n'est pas en reste. Donc, nous demandons aux investisseurs de ne pas traîner les pieds parce que la RDC reste ouverte.Massacre de Shakahola au Kenya: «Tous ne sont pas morts volontairement, tous n'ont pas jeûné volontairement»
10/19/2026Au Kenya, c’est aujourd’hui que la justice doit rendre son verdict dans le procès du pasteur de la mort, Paul Mackenzie, qui a ordonné à ses adeptes de mourir de faim pour « rencontrer Jésus ». Quelque 450 cadavres d’hommes, de femmes et d’enfants ont été retrouvés, en 2023, dans une forêt près de la ville côtière de Malindi. Ce gourou, qui lui-même ne s’est jamais laissé mourir de faim, a été arrêté et sera fixé aujourd’hui sur son sort. Mais est-ce un fou ou un manipulateur avide d’argent ? Yvan Droz est anthropologue et enseigne à Genève à l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID). Il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
RFI : Quand on lit les témoignages sur cette tuerie de masse de 2023, on est abasourdi. Comment des centaines de fidèles ont-ils pu se laisser convaincre qu'ils devaient mourir de faim ?
Yvan Droz : C'est difficile à répondre précisément, mais simplement, ce sont des mouvements assez classiques, millénaristes, qu'on retrouve un peu partout depuis très longtemps, c'est-à-dire les gens qui attendent la seconde venue du Christ et la fin des temps.
Et comment des gens qui ont fait des études supérieures, des ingénieurs, des hôtesses de l'air, peuvent se laisser intoxiquer comme ça par un prédicateur ?
Simplement, je pense que ce sont des gens qui ont véritablement une attente, une croyance assez forte dans le prédicateur, et que ces prédicateurs sont souvent des gens très charismatiques. Donc, il suffit d'avoir certaines faiblesses psychologiques ou de se trouver dans des situations personnelles très difficiles, que ce soit au niveau affectif ou financier. Parfois, ce genre de prédication peut conduire les gens à se convertir et à avoir des conduites qui peuvent être malheureusement funestes.
Alors, ce prédicateur a commencé sa carrière comme chauffeur de taxi à Malindi, sur la côte du Kenya. En 2003, il a créé son église. Et puis, à partir des années 2010, il s'est fait remarquer par la police pour ses prêches particulièrement radicaux et violents. De quoi s'agissait-il ?
Disons qu’il demandait à ses fidèles de se retirer du monde, c'est-à-dire de ne plus envoyer leurs enfants à l'école, de ne pas prendre de médicaments lorsqu'ils étaient malades, parce que la foi en Jésus-Christ était censée soigner les gens sans l'aide de la médecine. Et puis, l'éducation qui était donnée à l'école kényane contrevenait à certaines affirmations de la Bible.
L'Éducation est satanique, disait-il…
Oui, parce qu'elle ne correspondait pas à une interprétation littérale de la Bible. Ces mouvements, très souvent, considèrent que la Bible est la Parole de Dieu et que, à partir de là, elle est autosuffisante et qu'il n'y a pas à l'interpréter. Et donc on est aussi dans des mouvements religieux qui sont dualistes, qui opposent le bien et le mal de manière féroce pourrait-on dire.
Et en février 2023, il a affirmé qu'il avait une vision et que l'apocalypse arriverait au mois de juin, c'est ça ?
Oui, effectivement, c'est le discours apocalyptique classique qui annonce une date pour l'apocalypse et à partir de là, ça contraint un certain nombre de fidèles à se mettre à jeûner ou à se préparer à être enlevés de la terre pour rejoindre les cieux.
Mais alors, ce qu'on apprend depuis quelque temps, grâce notamment au témoignage du chef de sa sécurité qui a fini par parler et par plaider coupable, lui, à la différence du pasteur, c'est que plusieurs des adeptes qui sont morts de faim, on les y a forcés, non ?
Oui. Alors, effectivement, certains ont été contraints. Je crois même qu'on a retrouvé des cadavres qui avaient les mains ligotées, etc. Donc tous ne sont pas morts volontairement, tous n'ont pas jeûné volontairement. Et puis il y a aussi des questions familiales où les parents ont contraint les enfants à jeûner, leurs propres enfants. Et dans l'univers millénariste de Mackenzie, disons que c'était assez pratique, parce qu'il fallait que les enfants meurent tout d'abord, ensuite les femmes et ensuite les hommes, et en dernier lieu seulement le clergé. Donc on peut aussi soupçonner que, derrière ces côtés charismatiques, il y avait aussi l'appât du gain, parce que les biens des fidèles morts revenaient aussi aux mouvements religieux.
Oui, ce qu'il expliquait à ses adeptes, c'est que lui devait mourir le dernier. Et lui, justement, n'a jamais jeûné. Alors la question qui se pose, bien sûr, c'est de savoir ce qui animait vraiment ce prédicateur. Est-ce qu'il était fou ou est-ce que c'était un habile manipulateur avide d’argent ?
Mais l'un n'exclut pas l'autre. J'ai beaucoup travaillé sur le religieux au Kenya, et c'est assez fascinant de voir que les gens ont une foi profonde et, en même temps, sont tout à fait prêts à exploiter leurs fidèles et compagnie. Donc il ne faut pas avoir non plus une vision trop manichéenne de ces prédicateurs. En général, ils croient ce qu'ils disent, en tout cas par moments, mais en même temps, ils considèrent qu'il est justifié de s'enrichir grâce à leur parole, puisque c'est la parole divine. D'autant plus que ces mouvements religieux, en général, sont exonérés d'impôts. Donc ça peut aussi être une forme de business.
Alors pourquoi n'a-t-il pas plaidé coupable ?
Alors on assiste à une logique juridique ou rationnelle dans laquelle les procureurs cherchent à démontrer qu'il y a eu crime, et du côté de Mackenzie, d'une bonne partie de ses fidèles, ils répondent dans une logique théologique dans laquelle ils affirment qu'ils respectent les préceptes de la Bible. Donc, on a véritablement affaire à une forme de dialogue de sourds où, d'un côté, vous avez une logique juridique qui cherche à démontrer des crimes, et il y en a eu. Et d'un autre côté, vous avez des personnes comme Mackenzie et ses acolytes qui sont un peu illuminés, qui se croient les possesseurs de la vérité ultime du christianisme. Donc, s’il ne plaide pas coupable, c'est parce qu'il se considère comme étant légitime.
Est-ce que cet homme est fou ?
Mais je ne l’ai jamais rencontré. Je n’en sais rien, je ne peux pas vous dire. Je ne sais pas si des expertises psychiatriques ont été faites, mais pas à ma connaissance. Moi je pense que c'est plutôt un illuminé comme le monde en a connu depuis des millénaires. Parce qu'il ne faut pas limiter non plus cette logique apocalyptique ou millénariste au christianisme seulement, on en trouve des exemples dans l'islam, on en trouve des exemples dans le judaïsme, dans les mouvements religieux en général.«Avec une croissance de 4,5 % prévue l'année prochaine, l'Afrique est un continent résilient»
10/16/2026« En Afrique, malgré la fermeture du détroit d'Ormuz, la croissance est résiliente », affirme le nouveau directeur Afrique du FMI, le Mauritanien Zeine Zeidane, qui assiste actuellement à l'assemblée annuelle du FMI à Bangkok, en Thaïlande. La preuve ? Les pays africains qui ne produisent pas de pétrole vont quand même enregistrer cette année un taux de croissance de 6 %. Où en sont des pays comme la RDC, le Niger ou le Sénégal ? Le patron du FMI pour l'Afrique, qui a été aussi le Premier ministre de la Mauritanie, répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
RFI : Avec la fermeture du détroit d'Ormuz, le prix du pétrole est en forte hausse. Est-ce que cela fait grimper le taux de croissance des pays africains producteurs de pétrole, ou pas ?
Zeine Zeidane : Légèrement. Les pays exportateurs de pétrole, leur croissance va augmenter légèrement. Leur situation budgétaire extérieure aussi va s'améliorer significativement, mais l'inflation va augmenter partout.
Est-ce que les autres pays africains qui sont riches en ressources naturelles comme le cuivre, l'or, le cobalt, profitent aussi de la conjoncture actuelle ?
Ceux-là aussi profitent de l'augmentation des prix de ces matières premières qu'ils exportent.
Est-ce que ces pays font à vos yeux un bon emploi de leurs nouvelles recettes ou est-ce qu'ils pourraient faire mieux ?
En général, le constat c'est qu'ils peuvent faire mieux. En particulier, pour des dépenses de développement et aussi en même temps en utilisant une partie des recettes supplémentaires dans certains pays pour réduire les arriérés intérieurs, pour retirer la dette qui coûte cher pour certains d'entre eux. Donc cela peut être aussi des usages de recettes supplémentaires.
Prenons un exemple, ce sont les pays producteurs de pétrole dans la zone Cemac en Afrique centrale. Quels sont les postes sur lesquels ils pourraient mieux exploiter les recettes nouvelles qu'ils ont ?
En général, il est important pour ces pays-là, qui sont dans une union monétaire, de faire tout pour maintenir la stabilité extérieure de l'union monétaire. Et ça, ça veut dire en particulier qu'il faut qu'il y ait des déficits budgétaires qui soient contrôlés, en général. Ils ont tous des critères de convergence pour la région. C'est important d'aligner les déficits budgétaires en général à ce niveau-là. Ils ne sont pas tous dans la même situation. Mais en général, ce qui est important, c'est qu'ils maintiennent la stabilité budgétaire, qu’ils réduisent en particulier le recours aux marchés de financement intérieur qui est maintenant assez limité, et les possibilités sont assez limitées. Donc, ce sont des usages possibles des recettes additionnelles.
Et pour la République démocratique du Congo ?
C'est très bien que vous me posiez cette question-là, parce que la République démocratique du Congo fait face aussi à différentes crises, en particulier la crise Ebola. Notre recommandation pour eux, c'est d'accommoder les besoins des dépenses de santé qui sont nécessaires pour cela. Et, de notre côté, nous avons, comme vous le savez, un programme avec la République démocratique du Congo. Nous leur apportons du financement dans le cadre de notre facilité de crédit élargi, mais aussi de notre facilité pour la résilience. Et notre facilité pour la résilience a aussi une fenêtre pour maîtriser les pandémies et actuellement, nous considérons utiliser cette fenêtre-là pour soutenir les efforts de la République démocratique du Congo pour résoudre la crise sanitaire à laquelle ils font face.
Et pour le Niger, par exemple, qui est producteur de pétrole maintenant, est-ce que vous pensez qu'ils emploient bien ces nouvelles recettes additionnelles ?
Oui, en général, avec le Niger, nous avons aussi un programme qui se termine. Nous négocions un nouveau programme. Nous considérons que la politique budgétaire qu'ils mènent est une politique budgétaire qui est prudente, et l'utilisation des ressources nous semble raisonnable.
Alors, cette hausse du prix du pétrole depuis le début de l'année, quel est son impact à présent sur les taux de croissance des pays africains qui n'ont pas la chance de produire du pétrole ?
Comme vous l'avez peut-être vu dans notre note, parmi les pays qui ne sont pas exportateurs de pétrole, il y a le groupe que vous venez de mentionner avant, qui sont les exportateurs d'autres ressources minières. Ils ont une croissance stable cette année et l'année prochaine - les pays les plus affectés, ce sont ceux qui n'ont pas de ressources minières ou d'hydrocarbures. Évidemment, ces pays-là, ces groupes de pays-là, vont avoir une croissance révisée significativement à la baisse de 6,4 % à 6 %. Cela dit, c'est un niveau de croissance qui est élevé. Et d'ailleurs l'histoire en général de l'Afrique, c'est que la croissance a été résiliente. L'année dernière, on a connu la croissance la plus rapide depuis plus d'une décennie en Afrique, 4,5 %. On a révisé maintenant la croissance. C'est à ce même niveau 4,5 %. On prévoit la croissance à 4,5 % l'année prochaine. Donc, c'est un continent qui est résilient et c'est aussi notre deuxième message. C'est un continent qui a beaucoup de perspectives économiques intéressantes. Nous avons fait une analyse au mois d'avril qui dit que c'est un continent qui est en mouvement. Et donc, s'ils font les réformes structurelles en termes de gouvernance, en termes d'environnement des affaires, en termes d'intégration à l'économie mondiale, ils peuvent augmenter leur croissance économique de plus de 20 % sur les cinq, dix prochaines années. Donc, c'est un continent qui a beaucoup de potentiel, et nous encourageons les autorités à faire ces réformes structurelles là pour tirer les dividendes de leur croissance démographique.
Donc, ce que vous dites, monsieur le directeur, c'est que cette année, vous prévoyez pour l'Afrique un taux de croissance de 4,5 % et l'an prochain, pour les pays qui ne produisent pas de pétrole ou d'autres ressources naturelles, vous prévoyez un taux de croissance de 6 %. C'est ça ?
C'est ça. Pour cette année, ce sera 6 % pour ces pays-là, pour ce groupe de pays, comparativement à 6,4 % l'année dernière. Et l'année prochaine, ce sera aussi le même niveau, 6 % de croissance.
Alors, pour éviter les tensions sociales, plusieurs gouvernements comme celui des Comores ne répercutent pas la hausse du prix du baril sur le prix de vente dans les stations-services. Est-ce que c'est la bonne politique à vos yeux ?
Évidemment notre conseil a besoin d'être regardé pays par pays. Quelles sont les situations économiques et sociales dans ces pays ? Mais notre conseil en général, c'est qu'il est mieux de subventionner des populations nécessiteuses que de subventionner des produits. Et donc d'ailleurs, dans notre note, si vous la regardez très bien, vous voyez que si on soutenait 40 % des plus pauvres, des plus vulnérables dans la société, le coût serait dix fois moindre à peu près que le coût d'une subvention de produit. Donc, en général, notre conseil est : subventionnez la population, ne subventionnez pas les produits. Parce que le soutien des produits, toutes les analyses montrent qu'en réalité une grande partie de la subvention va aux composantes les plus riches de la société. Si vous pensez aux hydrocarbures, ceux qui roulent dans les grosses voitures, ce ne sont pas les populations les plus pauvres.
L'autre grave problème de cette année, monsieur le directeur, c'est la hausse du prix des engrais et des intrants. Alors, quelle solution pour les agriculteurs africains ?
C'est une très, très bonne question à laquelle j'ajouterai la préoccupation à propos d’El Niño qui va aussi arriver. Il va en particulier affecter l'Afrique australe, probablement avec des situations de sécheresse, peut-être dans d'autres parties de l'Afrique de l'Est et probablement l'Afrique de l'Ouest, avec des inondations. Tout cela peut affecter la production agricole. Le Fonds monétaire international a déjà apporté une aide pour quelques pays qui avaient besoin d'importation d'engrais. Le Fonds monétaire a apporté des financements additionnels. On a fait ça par exemple pour la Gambie, on a fait ça pour le Burkina Faso. Donc, il est important d'assurer que les pays ont les ressources nécessaires pour importer ces produits-là. Mais il est clair qu'il va y avoir un impact sur la production agricole. D'une part, comme vous le dites, à cause de la disponibilité des engrais au bon moment, mais aussi peut-être à cause de ces chocs climatiques. Et donc ça, ça va affecter les prix des produits alimentaires, ça va affecter l'inflation, ça va affecter probablement les populations les plus vulnérables en Afrique. On a fait une étude au mois d'avril précédent qui montrait que, si les produits alimentaires augmentaient de 20 %, ça se traduirait par un accroissement de la population en insécurité alimentaire de plus de 20 millions de personnes. Et je peux vous assurer que le Fonds monétaire se tient disponible pour aider les pays africains à faire face à une augmentation des prix des produits alimentaires et à leur impact sur les positions budgétaires extérieures de ces pays.
Depuis 18 mois, l'aide publique des États-Unis est en chute libre. L’aide publique des grands pays européens a diminué d'un tiers. Est-ce que cela a un impact sur le taux de croissance des pays africains et est-ce que vous avez pu le chiffrer ?
Dans la note, on note en particulier la diminution de l'aide au développement, pour la région, d'environ 34 % sur les deux dernières années, qui est un chiffre important. Cela affecte en particulier les pays les plus vulnérables en Afrique subsaharienne, ceux qui n'ont pas accès aux marchés internationaux, en particulier pour se financer. Ceux-là sont affectés. Nous avons des programmes d'engagement avec la plupart de ces pays, des programmes supportés par le Fonds monétaire international. Nous ferons de notre mieux pour leur apporter les financements, mais aussi pour catalyser le soutien à la fois des partenaires multilatéraux et aussi de certains partenaires bilatéraux, pour que dans ces pays-là, les besoins de financement extérieur de ces pays soient couverts. J'en profite pour dire que le développement de l'Afrique doit être tiré par le secteur privé, par une croissance plus rapide. Et si les pays font des réformes qui sont nécessaires, ils pourront attirer des investissements domestiques et internationaux au niveau qui est nécessaire pour accélérer la croissance économique et le développement de l'Afrique.
Alors, vous parlez du secteur privé. Est-ce qu'on peut miser sur des hommes d'affaires comme le Nigérian Aliko Dangote pour compenser la chute de l'aide publique au développement ?
Sans personnaliser les choses, il est important de mobiliser l'investissement privé africain. Clairement, il y a beaucoup d'entrepreneurs africains qui sont dynamiques. C'est une évolution qui est très, très positive. Les gouvernements africains doivent faciliter l'investissement privé domestique, très attractif pour l'investissement direct international.
Alors, vous l'avez dit, l'un des principaux freins au développement, c'est le poids de la dette que les pays africains doivent rembourser tous les ans. D'où les plans de restructuration que vous proposez. Est-ce qu'on peut faire de tels plans sans couper dans les budgets sociaux, la santé, l'éducation et sans supprimer des emplois ?
Je suis très heureux que vous m'ayez posé cette question parce que, en général, les opérations de restructuration de la dette sont des opérations qui créent de l'espace pour financer les dépenses sociales, parce que souvent la dette devient insoutenable. Ce qui se passe, c'est que vous devez faire un choix entre payer les créditeurs, payer les intérêts de la dette qui va vous prendre tous vos revenus, ou décider que non, votre priorité, c'est plutôt votre population, c'est plutôt l'éducation, la santé, l'investissement et que les créditeurs doivent vous créer de l'espace pour que vous puissiez faire ça. Donc, les opérations de traitement de la dette sont par nature des opérations qui créent de l'espace pour les dépenses d'éducation, de santé et d'infrastructures.
Il y a quelques semaines, par exemple, vous avez signé avec le Sénégal un plan de restructuration de sa dette qui prévoit que vous décaissiez plus de 2 milliards de dollars en faveur de ce pays. Quelles seront les contreparties ?
D'abord, juste pour être correct, nous avons convenu avec le gouvernement du Sénégal de soutenir le programme économique que les Sénégalais eux-mêmes ont préparé et qui est leur propre programme. Ils ont décidé par ailleurs qu'ils veulent faire une opération de traitement de la dette, mais c'est leur programme, ce n'est pas le programme du Fonds, c'est leur programme. C'est un programme qui est basé sur leur vision. Et c'est un programme que nous avons jugé qu'il mérite le soutien de la communauté internationale. Et le Fonds est un de ces éléments de la communauté internationale, et nous allons les soutenir avec le niveau de financement que vous avez mentionné.
2 milliards de dollars, c'est une somme importante. En contrepartie, quels sont les postes budgétaires où l'Etat sénégalais devra faire des efforts ?
Encore une fois, c'est un programme économique qui est défini par les autorités sénégalaises. C'est la politique budgétaire et la politique des autorités sénégalaises. Les autorités sénégalaises ont, dans ce programme-là, exprimé clairement qu'elles veulent augmenter les dépenses sociales. Et donc on juge que le programme que les autorités sénégalaises ont avancé est un programme qui est crédible et qui mérite notre soutien, et on va le soutenir avec notre financement.
Donc, ce que vous nous dites, monsieur le directeur, c'est qu’il y a des postes budgétaires qui seront affectés, mais pas les budgets sociaux. C'est ça ?
Les dépenses sociales sont une grande priorité du gouvernement sénégalais.
Et quelles sont les administrations, par exemple, où les effectifs pourraient être revus à la baisse ?
Je pense qu'au moment convenu, vous verrez les détails du programme économique que le Sénégal a mis en avant et vous verrez que c'est un très bon programme économique que nous allons soutenir.
Et en échange, le Sénégal va obtenir un rééchelonnement de sa dette ?
Le Sénégal a demandé un traitement de sa dette, et c'est une discussion que les autorités sénégalaises vont avoir avec leurs créditeurs officiels et privés.
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